1980

1980 : ATQ prend racine

Aide aux Trans du Québec (ATQ), [1980], portrait des fondatrices d’ATQ, photo : photographe inconnu·e.

Le 7 janvier 1980, Marie-Marcelle Godbout et quatre autres « ménagères » — Manon Frigon, Vanessa Giovannito, Marie-Marcelle Godbout, Marie-Claude Daigle et Marie Josée Marcil — fondent Aide aux Transsexuels du Québec Inc., première association dédiée aux personnes trans au Québec. Le premier bureau s’établit au 2162, rue Amherst, tandis que le siège social correspond à l’adresse personnelle de Marie-Marcelle, sur la rue Sicard, à Montréal. Cette création marque un moment fondateur : pour la première fois, les personnes trans au Québec se dotent d’une organisation pensée par et pour elles.

Note sur le langague employé

Transexuel·le?

Le terme « transsexuel·le » est utilisé à travers cette ligne du temps, car il correspond à celui que plusieurs personnes employaient à l’époque pour se décrire elles-mêmes. Aujourd’hui, le terme « trans » est plus couramment utilisé, mais les façons de se définir ont évolué au fil des années — et continuent d’évoluer. À cette époque, plusieurs personnes de genre non conforme pouvaient également se définir comme travesties.

Les raisons d’être de cette organisation témoignent d’une vision à la fois claire et ambitieuse. Les documents fondateurs en témoignent, notamment :
Aider les transsexuel·le·s à mieux comprendre leur situation, leurs problèmes personnels, familiaux et sociaux; Organiser des rencontres où les transsexuel·le·s pourront faire part de leurs frustrations, inquiétudes et craintes; Regrouper des personnes qui pourront aider les transsexuel·le·s dans les moments difficiles; Maintenir un groupe qui permette aux transsexuel·le·s d’acquérir plus de confiance en soi et de facilité à surmonter les épreuves; Ouvrir une maison pour accueillir les transsexuel·le·s lors de moments financièrement ou psychologiquement difficiles, afin de leur donner la chance de redevenir autonomes ou de pouvoir y mourir dignement.

Dans ce cadre, Marie-Marcelle Godbout offre des évaluations, un suivi et un accompagnement aux personnes en questionnement ou en transition. Elle met également en place une ligne d’écoute à son domicile, accessible jour et nuit.

20 octobre 1980

Première réunion pour personnes transsexuelles

Le 20 octobre 1980, ATQ organise à l’hôtel Mont-Royal la première rencontre dédiée aux personnes transsexuelles. Ces rencontres, appelées « Ateliers de Transformation du Québec », deviennent rapidement des espaces essentiels de partage, d’entraide et de solidarité. Ce moment fondateur ouvre la voie à des conférences et à des prises de parole publiques de Marie-Marcelle, contribuant à briser le silence entourant une réalité encore largement taboue.
Aide aux Trans du Québec (ATQ), 1983, lettre de soutien pour une personne bénéficiaire, signée par Marie-Marcelle Godbout.

Dans le cadre de sa demande d’incorporation, ATQ sollicite l’appui de plusieurs institutions, qui reconnaissent rapidement la nécessité de tels services malgré le contexte social de l’époque. Parmi les lettres de soutien conservées dans les archives figurent notamment celles du Groupe de recherches cliniques en sexologie de l’Université du Québec à Montréal et du ministère des Affaires sociales du gouvernement du Québec (aujourd’hui le ministère de la Santé et des Services sociaux).

Afin de faciliter les démarches de ses usagères et usagers, Marie-Marcelle Godbout délivre des « attestations » sur papier à en-tête d’ATQ, munies d’un sceau et de sa signature. Ces documents confirment que la personne est en transition et vit sous sa « nouvelle identité ». Bien que Marie-Marcelle ait en quelque sorte façonné sa propre spécialisation de « transsexologue », ces lettres — signées par une « spécialiste » — contribuent à légitimer les parcours des personnes concernées auprès des médecins, des institutions financières et d’autres instances, favorisant ainsi une meilleure reconnaissance et coopération.

En parallèle, ATQ organise régulièrement des rencontres pour ses membres, appelées « Ateliers de Transformation du Québec », qui offrent des espaces d’échange, de soutien et de solidarité.

19 février 1981

Décès de Christine Rollins

Le décès de Christine, en février 1981 — à la suite de complications postopératoires et dans un contexte marqué par l’intolérance — devient un moment charnière pour Marie-Marcelle. Ce drame personnel agit comme un déclencheur : elle choisit de s’engager pleinement dans la défense des droits des personnes trans, avec la volonté que personne n’ait à traverser ce que Christine avait vécu.
Aide aux Trans du Québec (ATQ), 1980, logo d'ATQ.

Soutenue par les membres d’ATQ, Marie-Marcelle Godbout consacre, dès 1982, ses efforts à faire connaître l’organisme et sa mission auprès du public et des institutions gouvernementales.

Forte de son propre parcours, elle devient rapidement une référence pour la communauté en matière de transition sociale et médicale.

« Vivre sa différence » et « Trouver son identité » s’imposent alors comme des mots d’ordre rassembleurs, tandis que la botte à talon devient un symbole emblématique de l’organisme.

Aide aux Trans du Québec (ATQ), [1980], document promotionnel d’ATQ.

À partir de 1983, ATQ parraine le projet « Relais », qui vise à diffuser de l’information sur les réalités trans afin de favoriser l’insertion sociale et professionnelle.

Cette même année, Marie-Marcelle Godbout commence à offrir des conférences dans les cégeps et les universités, contribuant à sensibiliser les étudiant·e·s aux enjeux liés à la transidentité.

Par l’entremise d’ATQ, elle amorce également un travail de sensibilisation auprès des parents, afin de mieux accompagner les jeunes confronté·e·s au rejet ou à l’incompréhension de leur famille.

Aide aux Trans du Québec (ATQ), [1980], dessin et collage, artiste inconnu·e.

Consciente que plusieurs usagères d’ATQ vivent des démêlés avec la justice, Marie-Marcelle Godbout leur offre un soutien constant, tant durant leur incarcération qu’à leur sortie. ATQ s’impose alors comme une ressource essentielle, autant pour les personnes détenues que pour les établissements pénitentiaires et les agent·e·s de libération conditionnelle.

En 1984, un fait divers tragique bouleverse la communauté : Nancy Gilmore, usagère d’ATQ, est retrouvée morte dans la neige.

Interrogée par les médias, Marie-Marcelle met en lumière les réalités auxquelles font face de nombreuses femmes trans à cette époque : recours à la prostitution, consommation ou délinquance — souvent parmi les seules options pour financer leur transition et espérer mener une vie digne.

1985

Association des transsexuels et transsexuelles du Québec

En 1985, ATQ adopte un nouveau nom et devient l’Association des transsexuels et transsexuelles du Québec.
Aide aux Trans du Québec (ATQ), 1986, Marie-Marcelle Godbout en entrevue sur les ondes de la Société Radio-Canada (SRC).

ATQ s’engage à accompagner Maggie, inculpée d’homicide involontaire, tout au long de son incarcération et après sa libération. Lors de ce procès très médiatisé, Marie-Marcelle Godbout et Marie Josée Marcil témoignent devant la cour, mettant en lumière le besoin de services adaptés pour les personnes trans en milieu carcéral.

En apparaissant à visage découvert à la télévision, notamment à l’émission « L’heure juste » animée par Jean-Luc Mongrain sur TVA, Marie-Marcelle contribue à faire connaître ATQ au grand public et s’impose comme une porte-parole de la communauté.

En décembre, Marie-Marcelle Godbout et Marie Josée Marcil accueillent Christine Jorgensen, venue présenter un récital au cabaret Les Folies Bergères. L’expérience est toutefois de courte durée : devant un public peu nombreux, la vedette américaine quitte Montréal après seulement deux représentations.

Aide aux Trans du Québec (ATQ), [1986], Guilda reçoit le trophée Lana St-Cyr au Café Cléopâtre, photo : photographe inconnu·e.

Le 22 février 1986 marque le décès de Lana Saint-Cyr, amie et mentor de Marie-Marcelle. En hommage, un premier Gala Fierté est organisé le 13 avril de la même année.

Quelques semaines plus tard, le 3 mai 1986, est instaurée la Journée internationale du transsexualisme, en hommage à Christine Jorgensen, première personne mondialement connue à avoir subi une chirurgie de réassignation sexuelle. À cette date est également associé ce qui deviendra le Gala Lana Saint-Cyr, incluant un trophée portant son nom. Cette journée s’impose rapidement comme un rendez-vous annuel important pour célébrer et honorer la mémoire des pionnières.

La même année, Marie-Marcelle témoigne à la télévision de Radio-Canada, à l’émission « Femmes d’aujourd’hui » animée par Aline Desjardins, poursuivant son travail de sensibilisation et de visibilisation.

Aide aux Trans du Québec (ATQ), 1988, Marie-Marcelle Godbout en entrevue à l’émission Parler pour parler.

À partir de 1988, les traces concernant l’organisme se font plus rares, tant dans les archives numériques que physiques.

Cette même année, Marie-Marcelle Godbout participe à l’émission « Parler pour parler », diffusée sur la chaîne Radio-Québec, poursuivant son travail de sensibilisation et de démystification des réalités trans auprès du grand public.

Aide aux Trans du Québec (ATQ), 1987, article de journal portant sur Danya, source inconnue.

En 1987, ATQ renforce ses liens avec les agent·e·s de libération conditionnelle du district Montréal métropolitain, à la suite d’une conférence présentée lors de leur journée annuelle.

C’est également à cette époque que Marie-Marcelle Godbout rencontre Danya, qui envisage une détransition. Son parcours, largement médiatisé, est relayé dans la presse et abordé dans l’émission documentaire Caméra 87.

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